"The conscience of individuality is done main in this kind of circumstance, that it transpierces you and transports you far from yourself, to the confluence of your past, of your imagination."
J'écoute : Joy Division / Sisters of Mercy / Tori Amos / Nina Hagen Je regarde : Ce qu'ils appellent le "New Queer Cinéma" Je lis : Bukowsky Je joue : F2P... oh si peu... Je mange : Indien / Grec Je bois : Pas assez Je pense : à toi évidemment ! Je rêve : de toi, toujours... humm (mis à jour dimanche 7 février 2010 à 13:35)
Mes meilleurs vœux à ce ceux que je connais, ceux que je connais pas, ceux que je lis, ceux qui me lisent, ceux qui sont là et ceux qui ne le sont plus.
Je vous souhaite tout le meilleur pour cette nouvelle année, que vos vœux se réalisent, et que ceux qui prennent des résolutions trouvent la volonté de s'y tenir.
Bises
Ce soir et demain (deux derniers soirs) à 22 H 00, ils passent Querelle (Vo sous titrée) au CNP terreaux. L'occasion de retrouver le sublime Querelle, le rutilant Nono et la dispensable Lysianne. Avis aux amateurs :)
Tu entres dans l’ère concrète où les mots, sous couvert d’inférences, évoquent des réalités nouvelles, dessinent des nuances aux drames et aux bonheurs, élargissent les frontières des mondes connus et inconnus, fracturent l’unité du Totem.
Je ne me fais plus de souci pour elle, disait la voix. Elle un petit ami, gentil, serviable, une nouvelle télévision. Je ne fais plus de souci pour elle, et advienne que pourra !
Cela n’est point un délire, tout juste un reflet à peine déformé de la réalité, dont on le discerne la vérité qu’au travers d’une lame subjective, un jugement des cinq sens, qu’accompagnent, purulents, certains automatismes fortuits de la pensée. Tout cela paraît un peu obscur, mais fais un effort, concentre-toi et prends-moi par la main.
Welcome to Zanzibar
La dernière fois que j’ai saisi une main qui m’était tendue, je me suis retrouvé enfermé entre quatre murs, derrière une porte coulissante, à conjurer, fracassant le pseudo totem qui m’avait lié au vain serment, non reconduit, jouant une partition nouvelle et cependant innée. Comme j’avais la tête dure, pour ne point ployer aux extrémités, par l’étreinte du Cyclope !
Une heure après, des anges essoufflés tournaient autour du panneau Exit. Surprenant : j’ai posé un instant ma main sur son épaule, froissant le blanc textile, gagnant l’halitueuse épaule et condamnant la vie, rejoignant les murs crèmes, par la découpe habile du matin, suspendu au soleil miteux de l’aube.
Il fallait fêter cet anniversaire, anniversaire de chair, à la façon des rois, des reines et des esclaves, se perdre dans les affres d’une tradition nouvelle, un rite factice et factuel, délictuel : créer, en quelque sorte, sa propre mythologie.
***
POSTER BOY
Trois silhouettes se dessinent, au grand café des requins blancs, dans la moiteur silencieuse et abyssale d’un été sulfureux, dont les formes évoquent, lignes droites et longilignes, des hommes fins, rompus aux mécaniques physiques.
***
[Je me fiche bien que tu ne comprennes pas, journal, ce que je cherche à exprimer, précisément, dans cet égarement vaguement consenti, ni même la finalité de ces quelques paragraphes. Les seuls pouvoirs qui te sont investis sont les miettes que je t’ai confiées, ta mission n’est qu’un leurre, une impuissance à conjurer ; à moins que tu ne sois le reflet de Zanzibar, auquel cas tout s’annule. Je ne te l’ai jamais dit, mais tu le sais pour être moi, Nicolas : tout a commencé par une partie de cartes, voici plus de vingt ans.]
Donner rendez-vous ailleurs / fréquence perturbée / rejoins-moi devant les étalages de livres - tu ne sais pas ce que je feuillette, un livre délicieusement pornographique, d’aucuns dirait sans orthographe - je te sens déjà qui vibres contre ma cuisse oui c’est toi tu m’appelles, je sens les soubresauts convulsifs d’insectes à l’agonie d’un boîtier rectiligne enfiché dans la poche de mon costume - cet écrin réparti dans le tissu de mon pantalon est une invention tant ingénieuse qu’inutile, certes ! - créer une secousse non pas sismique et point orgasmique mais douce et terriblement commune qu’elle en est spectaculaire. J’entends alors ta voix ta voix véritable dix fois moins virile que celle de ton répondeur | sur le mien de répondeur || c’est magique aujourd’hui la communication, oui tu devines bien qu’avec ces satanées vibrations - alors que j’avais commandé à la technologie l’immonde sonnerie numéro twenty - je n’étais pas assez rapide surtout que détenant ce livre vaguement pornographique entre mes mains qui ne glissent plus nulle part sur le corps d’improbables garçons mains qui ne glissent qu’en rêve peut-être vers des contrées inexplorées continents soumis mais réprouvés mais ta voix quand même n’est plus la même n’est pas du tout la même absolument (j’en suis certain) et c’est bizarre cela car c’est comme d’entendre l’espace de quelques secondes une autre personne émasculée une autre virilité et c’est pas normal non plus que je sois en mode vibreur j’ai dû encore tripoté à la sauvette un bouton qu’il ne faut pas j’ai dû encore faire quelque chose qu’il ne faut pas je ne fais que cela faire des choses qu’il ne faut pas oui tout à fait et personne n’est là pour me punir, je monte sur le grand 8 à toute allure et je fais n’importe quoi en somme j’improvise : c’est ainsi qu’il est d’usage dans cette faramineuse déroute de convenir d’un autre rendez-vous : tout de suite, maintenant, à mi-chemin, sous le passage du printemps et puis
Rendez-vous à 22 heures devant l’office du Tourisme, encore ce maudit office vide, dans lequel officie un terne personnel, maniant la balayette avec la dextérité d’un mort vivant, office contre la vitre duquel j’appose mon corps fatigué. De mes yeux mornes et fatigués, j’observe mollement la fumée dense et légère qui s’échappe de mes lèvres gercées. Elle danse devant mes yeux, fantôme absent qui se dissout, leste chorégraphie, salamandre albinos, aérienne, dans l’air glacé de cet hiver précoce qui me cisaille la peau, les os. Je reçois dès lors un texto qui me dit MEEEERD, et ce merde à rallonge, éminemment transgénique, point colérique, composé à l’envi de multiples lettres inutiles, m’arrache de force un sourire sonore. Je sens alors mon dos gésir contre la vitre illuminée et je me dis que, peut-être, ce sera sympa, ce moment à venir, merde, que ce sera super sympa, alors je souris et je ne pense même plus que j’ai rendez-vous tout de suite, là, avec mon idole, je me détache complètement du décor, je ne sens plus mon corps compressé par mon vêtement, je ne ressens plus la morsure mesquine et hiératique du froid lors même que j’ai les mains glacées, probablement ; et, tragédie, personne pour me le dire. Et voilà qu’il arrive, le fanfaron, regardez-le, regardez : le pas rapide et maladroit, la voix timide, un doux feu d’hiver, quand il s’approche de moi pour me saluer, celui qui n’est plus un passant.
Les mecs se ressemblent mais ne s’assemblent pas.
Tu es bien gentil mais tout cela manque cruellement de fantaisie.
Je ressens toujours cette profonde inclination pour les bruns ténébreux vaguement psychopathes qui aiment les légumes, les fruits et la littérature russe ! Toi le blond carnivore, tu es resté à l’âge des bandes dessinées. Tu me fais un dessin pour me dire que tu bandes. Subliminal, mon garçon, toujours subliminal !
Qui sait ce que je vais devenir si, apparaissant au coin de ma baignoire, tu viendrais - car tel est ton désir - me rejoindre dans mon bain, avec ton corps, ta verge et un couteau, pour l’exorcisme, un couteau pour m’étonner. Car c’est tout ce dont il est question : m’étonner. Garde ton corps, ta verge et donne-moi ce couteau.
Sors-moi un lapin de ton chapeau !
Tu n’as pas de chapeau ?
Un bengan bartha ? Pourrais-tu m’en préparer un ? Tu n’es pas obligé pour cela d’être nu sous un tablier. Juste toi-même. N’oublie pas les aubergines, bouffon ! J’en demande peut-être trop, car rien qu’à l’idée de me faire un Irish Coffee, tu es effrayé !
Je veux être un prince, mais aussi une princesse, et surtout un escort boy. Tu veux un petit ami sage et docile, qui t’attend dans des charentaises marron et, coup du sort, tu as décrété que ce pourrait être moi, ce petit ami mais voilà, moi, j’aime pas les charentaises et moins encore le marron. Sache toutefois que j’aime faire la vaisselle, exception faite des couverts, parce que j'ai la curieuse impression de les masturber avec une éponge et cela provoque chez moi des désordres psychologiques anodins. Sache que j’ai les pieds froids et qu’il faut me donner beaucoup d’eau. Que je suis capricieux. Que, rêveur, je suis trop souvent absent au monde.
Je remets le couvert.
Une fois, deux fois, trois fois :
Dis, tu me sors un lapin de ton chapeau, un petit lapin tout blanc, avec un grand couteau ?
Franck attendait donc, face au parking Saint-Antoine, face à la Saône qu’il ne pouvait pas voir, dans son cuir masculin, immobile devant cet horizon sans promesse. Une petite pluie, légère, aérienne, nous séparait. Je filais par la rue, à sa rencontre, sans même le savoir. Lui se retourna au bruit empressé de mes pas, me regarda et me demanda, de sa voix alcoolisée, plaintive et lancinante, où il pouvait trouver un taxi. Je ne connaissais pas Franck. Je ne l’avais jamais vu. Il m’arrêta, par sa question, immobile dans la pluie.
Il faut aller aux Cordeliers. Vous connaissez Lyon ?
Il me fait signe que non, je lui explique donc comment rejoindre les Cordeliers. Il commence à pleuvoir de petites cordes toutes fines, des ficelles, de plus en plus. Franck a l’air perdu.
Vous n’avez qu’à me suivre, j’y vais.
Sans plus attendre, Franck s’accroche à mon bras, provoquant chez moi une surprise si saisissante qu’éberlué, je ne pense pas un seul instant à me détacher de ce petit corps massif, suspendu au mien - et la pluie tombe, n’a de cesse de tomber.
Je n’aime pas la pluie, m’avoue Franck, qui s’arrête, et m’arrête, sous la devanture d’un immeuble, sous lequel il est possible de s’abriter.
J’ai envie de fumer une cigarette.
Il en sort une de ces multiples poches, qu’il allume, le geste maladroit de ceux qui ont bien trop bu, mais l’œil vif comme l’éclair, implacable et sensuel. Tu en veux une ?
Je lui dis que je ne fume pas. Cette révélation imprime sur son visage un effet de choc, un hébétement nucléaire. Quoi ? Je ne fume donc pas ?
Comment ça se fait ? me lance-t-il, abasourdi.
Je lui réponds, désinvolte, que c’est comme ça et pas autrement.
Soit. Il se présente : je m’appelle Franck. Il a la tête de son nom. Et le corps de sa ville. Do you know what I mean ?
En guise de réponse, je ne prononce pas le sésame enchanté, du reste, je ne dévoile rien de mon identité et, à mesure que nous parlons, il me demande de cesser de le vouvoyer, que tout cela est évidemment terriblement ridicule, puis, évidemment, encore plus ridicule, il me conjure, tel un enfant capricieux, de prendre le taxi avec lui, pour rejoindre son hôtel afin de dormir avec lui, le plus simplement du monde. Je réponds non. L’homme est, là encore, terriblement éberlué.
Sa cigarette terminée, qu’il jette à ses pieds avec un empressement et une assurance qui contraste étonnement avec son air perdu, Franck fouille maladroitement ses poches pour en sortir la carte de l’hôtel. C’est mon hôtel, qu’il me dit, avec son air perdu. Il faut que je trouve un taxi. Il faut que tu m’aides.
Je le traîne par le bras, pour reprendre notre marche mais, plus loin, il oblique vers un abri bus, maugréant : je n’aime pas la pluie. Je me sens plus que jamais le cruel - et ô combien stupide - devoir de l’aider, ce pauvre enfant de quarante ans, de l’aider, afin qu’il puisse rentrer à son putain d’hôtel, parce que c’est une proie facile, dans l’état où il est. Je me sens ce devoir, alors je l’accompagne sous l’abri bus vers lequel il fonce comme une furie. Là, il vide ses poches et en aligne le contenu, carte après carte, sur le banc de métal. Qui sait ce qu’il cherche ? Un taxi se détache de l’horizon, qui s’arrête au feu.
Ho ! Voilà un taxi ! Je lui tapote l’épaule parce qu’il semble ne pas m’écouter, ne pas m’entendre, perdu dans ce jeu stupide qu’il s’invente, replié sur lui-même, tandis que la pluie glacée frappe le bitume. Reprenant ses esprits, il se dirige vers la fenêtre du taxi, dont le chauffeur, qui n’a point l’âme altruiste, riposte d’une voix grossière qu’il n’a qu’à continuer tout droit, qu’il se trouve une station de taxis un peu plus loin, avant que de redémarrer enfin, le feu passant au vert, nous laissant seul dans l’humide paysage.
Franck reste hébété. Je lui conjure de venir avec moi. Ou je le laisse, là, tout seul. Sous son maudit abri bus. Je le laisse livré à lui-même. Menace d’une mère à son enfant. Il me dit que je suis dur. Mais il vient, avec son air de petit enfant puni. Pour s’arrêter de nouveau, toujours parce qu’il pleut. Il s’arrête. Attends ! Je m’arrête, bien que perdant patience. Il me regarde, là, il est face à moi. Il me vole un baiser, là, sur la bouche, y posant, papillon morne et fané, une saveur de bière et de nicotine, une saveur terrible et masculine. Tu es sûr que tu ne veux pas dormir avec moi ?
Je l’entraîne toutefois jusqu’à la rue de la république, en direction d’une station de taxis, de plus en plus fictive dans son esprit et dans le mien, station que je souhaite concrétiser, force de mes pas, traînant toujours derrière moi cet enfant capricieux, qui tente de s’arrêter un peu partout où la pluie ne tombe pas. Il exprime le désir une autre cigarette. Je lui accorde ce caprice, or, quand il me plaque contre la devanture d’une banque pour me donner un baiser d’une saveur bien plus affirmé, je comprends que j’ai touché le jackpot : une érection se dessine, là, sous mon pantalon de velours.
Il m’implore une dernière fois, de venir avec lui à son hôtel, afin qu’on dorme ensemble, comme des enfants, des enfants pas franchement incestueux. Je ne te violerai pas, m’assure-t-il. C’est juste pour dormir. Le pire c’est qu’il paraît honnête, ce que je ne suis pas envers moi-même : pourquoi donc l’assister, alors que je suis censé m’interdire ce genre de bonnes actions, désireux d’être ferme, pour ne point me faire dévorer l’âme par d’aimables monstres et sorcières, succubes mentales ? Je savoure l’ironie : la honte de la bonne action et la honte de la mauvaise, qui germe en moi, lorsque nous nous dirigeons vers le métropolitain. Moteur, action : il se rue sur deux agents de police, qui se tiennent debout sous un autre abri bus et moi, sans demander mon reste, je m’engouffre dans le métro lumineux, me ruant comme un forcené vers cette sortie de secours, abandonnant ce malheureux à son improbable destinée.
Mais le plus drôle, dans cette histoire qui n’en est pas une, et que j’oublierais très vite, j’en suis convaincu, c’est qu’une fois projeté à toute allure dans les noirs couloirs souterrains, je me suis surpris à éprouver des regrets maussades de ne pas avoir accompagné ce petit Franck, dans sa chambre 208, de ne pas avoir cédé à ses curieuses avances, maintenant qu’il n’est plus qu’un fantôme grisâtre, à peine plus dangereux qu’une ronce, un verre d’une bière maussade et écumante, une porcelaine de chine.
C'est aujourd'hui que sort mon dernier ouvrage pour cette année 2008. Il ne s'agit pas, cette fois-ci, d'une oeuvre inédite comme de coutume mais de la version complète de mon journal Querelle(s) [Mars 2007 - Septembre 2008], en format imprimé ou PDF. Version complète car elle contient une vingtaine d'articles qui ne figurent pas sur le blog d'origine.
Détail de la version imprimée : 333 pages, 15.24 cm x 22.86 cm, reliure dos
carré collé, papier intérieur crème (60# weight),encre intérieure noir
et blanc, blanc papier extérieur (100# weight), encre extérieure
pleines-couleurs exterior ink. EXISTE EGALEMENT EN PDF
Il suffit d’un refus pour que mon cœur s’ébranle ; il suffit d’un refus pour qu’il se mette en branle, petit soldat organique, me plongeant dans cette douce tristesse, cette tendre détresse, qui me fait me rapprocher bien malgré moi d’une collègue dont la suractivé détonne, une femme au regard angoissé, laquelle, comme une amie que je n’ai pas, me prend sous son aile, comme un oiseau malade, trop fragile peut-être. Voilà que d’un sourire, de quelques mots seulement, elle me rassure tendrement, fumant sa clope, à l’orée d’une terrasse : ce n’est peut-être pas la fin, il a répondu à ton SMS m’assure-t-elle, ce qu’il t’a dit est positif, irrémédiablement, mais moi, je veux tout, absolument tout. Je veux la lune, le soleil et les étoiles, qu’on mes les décroche, qu’on me les offre sur un plateau doré ou qu’on me les jette à la gueule - mais je les veux tous, peu importe la manière, la lune, le soleil et les étoiles. Loin de moi l’idée de me contenter de miettes. Plutôt m’aboucher au trou noir, au néant, au vide. Ce sera tout ou rien. Voici mon malheur, mon éternel drame. Pour conjurer cela, quelques sorties, l’acceptation inévitable de quelques invitations qui traînaient, non pas sur des cartons, froissés ou laqués, mais comme des parfums dans l’air, délétères, une vague odeur de foutre, un parfum trop sucré, nectar pour pédé à peine froissé. Un docteur par exemple, de garde une nuit, m’invite à me faufiler par une porte qu’il aurait laissé ouverte pour moi, pour une rencontre ouverte à tous les possibles et impossible, mais si fantasmatique qu’elle m’a tenté, pour de bon. Je m’imaginais déjà l’odeur toute particulière du couloir, cette ceinture de blanc bétonné déchirant mon œil torve et fatigué, l’obscurité déchirante du dehors, la fausse effraction, par une porte de métal. D’improbables yeux, cachés dans la nuit, se demanderaient : que cherche ce garçon cravaté, dans pareil endroit ? Un père Fouettard en chemise blanche ? La caresse franche et glacée d’un stéthoscope ? Une fouille anale ? Une coloscopie ou tout simplement le grand frisson ? Par quoi est donc animé ce pantin fringuant, au pas haché, qui bat le pavé avec l’assurance d’un condamné ? Quel obscur dessein agite sa silhouette dégingandée ? Agit-il sous le joug d’une pulsion malsaine, passant des mondes virtuels à l’âcreté d’un réel ou bien cherche-t-il à s’oublier lui-même - ou quelqu’un d’autre - le temps d’une valse binaire, dans cet univers malade où les gens viennent mourir sous la caresse gantée et franche d’anciens étudiants experts en anatomie, en bizutage saucissonné ? Je suis désolé, mais demain je dois me lever tôt, je viens de regarder sur mappy, ton hôpital, c’est pas à côté. J’ai bien peur de ne pas pouvoir attraper le dernier bus. On remettra peut-être ça à plus tard. Demain, après le boulot, si tu veux, on ira se boire un verre. En terrain neutre.
C’est l’heure du dîner. Il est temps de se sustenter. Je vois les clients qui s’amassent et s’affairent autour des tables, sur des chaises en rotin qui basculent sous leur graisse qui loche lorsque je me décide, débonnaire, à crever enfin mon putain d’IMC de 21,3 en mangeant une cuisine grasse et délicieuse, entourant mon cœur d’une alvéole d’huile pimentée. Si je n’avais pas ce sens inné de la bienséance, lorsque je ne suis gris, le sens des conventions et un estomac de chenille, je lécherais jusqu’à l’assiette, m’emparant, de ma langue, de la moindre miette de tiramisu, égarée sur la blanche porcelaine souillée de cacao. Des homosexuels nous entourent d’un coup de baguette magique, véritable raz de marée. Deux couples : à notre gauche, deux élégants jeunes et frêles, qui sentent le début, avec un vague relent - que dis-je - soupçon de putasserie ; à notre droite, bien moins élégants, plus franchement jeunes et fraîchement décatis, deux compères qui sentent la fin et l’ennui, lesquels se permettent de commenter à haute voix, dès lors que je tourne le dos pour m’échapper de l’antre culinaire, mon apparence physique. Je serais potable si, d’après l’un d’entre eux, je me choisissais une autre paire de lunettes. Le garçon en face de moi, mein Kamerad, n’a pas eu la primeur d’être commenté : existait-il, ou bien n’était-il qu’une projection de mon esprit ? Suis-je également homosexuel ? Ne suis-je pas, par le plus grand des hasards, tombé sur le mauvais endroit, au mauvais moment ? Diantre ! Je me dis alors, dans cette virée gustative, que pour le coup, l’addition sera salée, véritablement, indubitablement salée. Dans tous les sens du terme.
Je mange donc je suis.
Autrefois, ma mère avait fait l’acquisition de ce livre, qu’elle avait acheté pour une de mes sœurs, la ventrue : je mange donc je maigris.
Je revois de temps à autre ce titre, point subliminal, hantant mon conscient et mon inconscient. Mes livres de cuisine végétarienne moisissent lamentablement dans les tréfonds visqueux et azurés de ma bibliothèque. J’ai vu qu’il existait des saucisses au tofu, du genre knacki et donc vaguement fumée ; il paraît qu’elles sont exquises et entièrement naturelles. Je pourrais gloser des heures sur les bienfaits et méfaits de la nutrition : ce qu’il faut manger, ce qu’il faut éviter. J’en connais un rayon, au sujet des recommandations des nutritionnistes et autres balivernes censées rassurer les êtres périssables, et qui se veulent sans conservateur, sur toutes ces substances médicamenteuses que nous ingurgitons à notre insu. Je pourrais parler des sévices alimentaires que m’ont fait subir des créatures familiales peu recommandables et peu recommandées dont certaines ont depuis lors trépassés, preuve qu’il est une justice et, sous cette justice, peut-être un Dieu qui s’agite, avec une bannière multicolore, un putain de Dieu qui n’a pas véritablement de sens l’humour, parce qu’il n’a pas de but évident. Tu te dis probablement que tout cela n’a aucun sens et tu as peut-être raison. Je me dis, dans tout ça, que je devrais arrêter de manger et d’écrire, penser et déféquer, qu’il faudrait me consacrer à des activités essentiellement relationnelles, comme manger à deux, avec un autre garçon, ouvrir avec lui un roman, écrire une nouvelle histoire et advienne que pourra. Après tout, ne sais-je pas le funambule parti pour toujours, à présent ? Je ne suis guère de son goût et pourtant, il ne m’a pas goûté. Je n’étais sans doute pas assez épicé, d’une saveur inconnue, ou bien tout simplement sans conservateur. Il me faut sans doute écrire autre chose donc, une autre histoire. Alors ? Une table pour deux ?
Imprimé: 139 pages, 15.24 cm x 22.86 cm, parfait
binding, 60 interior paper (crème# weight), noir et blanc interior ink,
blanc exterior paper (100# weight), pleines-couleurs exterior ink.
Descriptif :
« Vous êtes invité au mariage de la Baronne Suétone et du divin Marquis Exquis dans une caravane, sur le bord de l’A4, à destination du grand vide. » Après deux anthologies thématiques Transparence du Monde et Les Corps Cendrés, voici venir Petits Meurtres entre Amibes. Salokin Ereivar, collecteur d'inutile, vous invite à découvrir un recueil d’Ethylo-poèmes, poèmes déglingués au sein desquels le monde ne tourne plus vraiment rond : les anges matérialistes se transforment en Joconde et mangent du caviar sur la croisette, les gens qui distribuent le courrier décident du sort des familles, les bébés, sous la chaleur, fondent en bâton de fruit…
L'intégralité de mon récit d'halloween, soit dix des précédents billets, est désormais disponible dans mon site, dans le coin lecture, en format PDF.
Extrait :
(...)
Extrait :
(...)
Flanqué d’un épais et long manteau marron, d’un haut de prisonnier, prenant ses quartiers, M ne tarda pas à claironner, souriant comme à son habitude, terriblement joyeux : je t’ai ramené une spécialité de chez moi. D’un geste vif et convaincu, il sortit, en bon magicien, d’un petit sac en plastique opaque, une prometteuse bouteille de Clairette de Die. J’aurais pu m’attendre à un lapin, saisi par les oreilles comme une paire de ciseaux, extrait béatement d’un chapeau noir : je n’étais point déçu.
Sans plus attendre, nous nous attablâmes, afin de siroter cette liqueur de mûre infâme que je lui ai promise, aux saveurs de néant, pérorant sur les possibles de la soirée ; jusqu’à ce que je me décide à ouvrir enfin la fameuse bouteille de Clairette, ne sachant pas que, de cette soirée, elle sonnerait le glas.
(A suivre...)
Lien direct : ICI. Bonne lecture pour les retardataires ou ceux qui découvrent :)
Pour la sortie de mon troisième recueil de poèmes, intitulé Petits Meurtres entre Amibes, et qui sortira le 21 novembre 2008 (en format papier et en PDF), j'ai décidé d'en offrir un exemplaire à un de mes fidèles lecteurs :) Voici donc, pour ce faire, un tout petit jeu !
La règle du jeu :
Le premier lecteur qui me remplit cette grille sans faire d'erreur et me la fait parvenir emporte mon troisième recueil de poésie, Petits Meurtres entre Amibes, qui sortira le 21 novembre. Merci d'envoyer cette grille une fois complètée sur mon mail (que vous trouverez à la page contact de mon site, je ne le mets ici pas pour éviter le spam.)
La plupart des mots à trouver sont disséminées ici ou là au sein de mon oeuvre, essentiellement dans mes romans et dans Querelle(s).
Bon jeu à ceux qui tenteront l'aventure :)
Vertical :
1. L'amoureux de Goran 4. Un mot que j'aime, pour exprimer la forme des yeux. 5. Un chiffre qui n'est jamais entier. 6. Interjection vulgaire / Le contraire de l'intelligence artificielle / Titre de la première partie de L'enfance d'une Garce. 8. Un mot anglais, en rapport avec tous mes romans, ou presque et qui n'a pas de synonyme parfait, en langue française. 9. Deux lettres qui résument l'univers.
Horizontal :
1. Goran en est un. 2. On en a tous une. 3. La meilleure amie d'Emilie (Les Protubérances). 3. Interjection pour rappeur ringard. 4. Une autre manière, mnémotechnique, de demander où il est. 5. Mon ex ne l'est pas. 7. J'en ai 4. 8. Abréviations d'une de mes oeuvres. / Premiere lettre du prénom d'un personnage que l'on retrouve dans deux de mes romans. 9. Titre de la seconde partie de L'enfance d'une Garce.
Sans doute est-il préférable de se laisser guider sur les flots du rêve, de naviguer loin, au gré des contrées, par delà les frontières du possible ; nul besoin de rame, de moteur, de gouvernail pour naviguer dans ce monde parallèle.
C’est ainsi que je fus égaré au beau milieu de nulle part, marchant sur une route plate et terriblement longue, à perte de vue. A ma droite défilait, au rythme de mes pas vifs et cadencés, un champ de colza, à ma gauche, un autre champ de colza, immense à l’infini, effrayante symétrie ; au dessus de ma tête, au zénith, un soleil puissant, calcinant, crevant l’azur lisse et luisant d’un bleu outremer qui n’existe vraisemblablement pas dans la nature, du moins telle qu’elle nous est présentée par les limites de l’œil humain.
Je n’avais de cesse de marcher, de marcher droit devant, m’enfonçant péniblement dans cet horizon immuable, inchangé, qui fatiguait mon regard et mon corps, mon corps, oppressé par la sécheresse, prisonnier de cette immobilité contrainte vis-à-vis de l’espace, de s’alourdir péniblement. De voir ainsi le paysage immuable, malgré mes efforts pour sortir de ce décor pénible, violent pour ma rétine, fit naître en moi cette force expresse, violence irrésistible, de courir de toutes mes forces, jusqu’à crever la toile et sortir de ce tableau par trop figuratif.
En vain, le paysage ne se renouvelait pas : étais-je donc, en ce lieu, seule source de mouvement ? Pas même un brin de vent n’agitait les têtes jaunes, impassibles, du colza, bien trop paisibles pour être réelles ; pas un bruit de grillons, de reptiles, d’insectes, pour égratigner l’insidieux silence que mes pas lourds martelaient cependant avec constance, sur le bitume fumant, irradié par l’astre pesant dont les nappes de chaleurs, valses lentes et cruelles, vacillaient, lancinantes, dans le lointain.
Je devins fou, comme hors de moi, à sortir de la route, voulant m’échapper de l’infernal décor, obliquant vers la horde infinie de têtes jaunes, écartant ces maudits végétaux, les écrasant, pénétrant cet océan de jaune qui me couvrait de poussière étoilée alors que je courrais à en perdre haleine, le torse fouetté par la fougue anarchique et désespérée de ma course. A bout de souffle, je m’arrêtais devant un étrange épouvantail, un épouvantail sublime et familier qui me narguait, avec ce rictus immonde, une alvéole sinistre, piquée au dessus de sa bouche fine et aimée : c’était mon funambule, pendu par des menottes ceinturées de pissenlit, qui me toisait de sa hauteur, plaqué demi nu sur cette croix noire et glacée, érigé vers le ciel, en maître du colza.
Effrayé par cette vision d’apocalypse, je rebroussais chemin, toujours à bout de souffle, au bord de la folie, du gouffre, constatant que la route avait disparu : j’étais désormais noyé dans cette océan serin, noyé dans cette infinité immuable et cruelle, molesté par la claque oppressante de l’étoile, déshydraté par la folie de ma fuite, au point de finalement m’effondrer, quand je vis, devant moi, lueur d’espoir, des papillons jaunes par centaines s’envoler un à un, une myriade de papillons, mirage onirique qui semblait m’indiquer, à moi et à moi seul, le chemin que je devais emprunter pour sortir de cet invraisemblable labyrinthe, chemin salvateur, ô combien désiré.
Parvenant jusqu’à eux, jusqu’à pouvoir les saisir, prisonnier de cette multitude, je m’amusais à les saisir, dans mes mains éplorées, tendues comme de vains filets : ils n’avaient point d’ailes, d’yeux et d’antennes, ces papillons luminescents ! Ils n’étaient autre, ces papillons, que des morceaux de papier, enduits de beurre, qui flottaient dans les airs, en se pliant aux caprices fantasques d’un marionnettiste puissant et invisible, qui me narguait visiblement, avec la constance masochiste d’un Dieu.
J’étais d’autant plus effrayé par cette étrangeté que je repris ma course de plus belle, malgré la tension oppressante, malgré mes muscles fatigués, la sécheresse de mon gosier, l’impossible respiration qui soulevait mon thorax poignardé de douleurs cristallines. C’est alors que se dessina dans l’horizon un autre épouvantail, plus grand et pourtant bien moins fier, un grand épouvantail tout aussi crucifié, que je me décidais à rencontrer. Des pies, majestueuses charognes, picoraient les épaules de cet homme au visage de cire très enfantin. Lui ne souriait pas. Oh non, il ne souriait pas. J’étais devenu le funambule et je me voyais dans ses yeux, vitres vides d’épouvantails, le caresser, lui, au visage, après avoir écarté les pies de son épaule décharnée : il était déjà mort, dormait paisiblement. Et je ne savais plus vraiment comment le réveiller.
***
Ceci est mon rêve, aussitôt rédigé, mis en forme par les mots, il me semble qu’il prend une toute nouvelle existence et, déjà, il ne m’appartient plus.
Je crains fort qu’il s’agisse d’une regrettable erreur. Vous n’êtes assurément pas dans le bon journal.
Je reprends :
Je me suis dit, pénétrant mon immeuble : comme j’aimerais, une fois de retour à la maison, qu’un homme, pas n’importe lequel, se soit introduit par effraction dans mon appartement, brisant la fenêtre de ma chambre, et qu’il me dise, sur un ton impérial « c’est toi que je venais voir, je n’en pouvais plus d’attendre. » Suite de quoi nous baiserions sauvagement, après ce discours éminemment elliptique.
Aujourd’hui, la baise est à la carte. Et demain, ce sera le menu du jour. Avec des ingrédients un peu moins frais. Logique effrénée des choses. On peut broder tous les scénarios, tu crois ? Surtout que ce soir, j’ai mal au dos. Un petit mal tendre qui m’étreint, doucement ; le corps qui se rebelle et qui murmure « couche-toi ». Or :
Mon lit est un bloc opératoire sur lequel Garcimore s’est penché, oubliant son fatras de colombes.
Mon lit n’est qu’une ruine partagée par mon seul corps, un cercueil pour ma chair.
Mon lit est un bateau, qui vogue loin sur la mer, un radeau, émietté, qui longe la rivière.
Je m’y glisse comme une lettre à la poste, destiné au sommeil, option Morphée ou père Fouettard et, quand l’ennui me prend, quand ce rideau noirci qui ouvre le monde des rêves refuse obstinément de tomber, je choisis mon fantasme et ma main oblique, n’a de cesse d’obliquer, par amour des petits papiers.
Je regarde l’asphalte, qui crépite sous mes pas, évitant soigneusement le son ravissant des déjections de ces chers canins, qu’elles heurtent avec mollesse et velouté mes chères semelles, éclaboussent ce pantalon crevant mes étrennes. Un passant me regarde, l’oeil étincelant et visqueux : ma cravate brille et l’hypnotise, je souris dans le vide comme un enfant qui récolte une image de ciel et de montagne.
Le jour suivant, un homme envoyé par la cour des anges, le restaurant de la chapelle, vient à nous, pour offrir aux manitous deux flyers. Il me regarde plusieurs fois alors que je suis franchement décalé dans son champ de vision et m’en offre une, à moi, qui ne suis pas du tout un manitou et moins encore un beau matou. Les filles parlent, lorsqu’il s’en va. C’est comme ça, les filles, ça ne peut pas s’empêcher de parler.
T’es déjà allé à la chapelle ?
Oui, c’est super là-bas, c’est super beau. Le jardin en été…
Moi j’y suis pas allé !
Tu verrais…
Après quelques descriptions, le plat de résistance, la phrase tant attendue, que je n’attendais point :
Il paraît que c’est un endroit fréquenté par les homosexuels…
Et moi qui, moi qui d’un naturel jovial, sans même me rendre compte de ce que je disais au moment où ce magma de mots se forma dans ma bouche, pour s’envoler de mes lèvres :
C’est pour cela qu’il m’a donné une invitation.
Puis me corrigeant à la sauvage, m’accrochant aux branches de ma cravate brillante :
C’est à cause de ma chemise violette !
J’entends plusieurs fois bourdonner ce jour : chemise violette. Je ne suis pas très concentré, du coup, aujourd’hui, je fais quelques boulettes, point des boulettes de viandes, des boulettes sur du papier, et quelques boulettes de papier. Finalement, sans trop me résigner, j’offre mon invitation homosexuelle à une collègue hésitante, qui hésite à la prendre, puis me ravise, à cause d’un détail, d’un détail étrange, qui me renvoie au funambule et je me dis que pourquoi pas, pourquoi pas… et puis non.
J’ai trébuché sur l’asphalte, ce soir, un rouleau à dessins sous le bras et je me suis raccroché, station débout, à la force de mes semelles. Je n’ai de cesse de trébucher. Je n’ai point d’équilibre, sans doute une jambe plus longue que l’autre, un problème d’oreille interne, une malédiction vaudou, jetée sur moi par une grand-mère excentrique, une tenancière de maison close, la sémillante Madame R. Je me suis dit, pénétrant mon immeuble : comme j’aimerais, une fois de retour à la maison, qu’un homme m’accueille dans ses bras doux et moelleux, avec un timide baiser sur les lèvres, un tendre baiser, à peine humide. Et qu’il me dise, tout tendrement : c’est toi, que j’attendais.
Détails de l'édition :
Imprimé : 209 pages, 6" x 9", parfait reliure, 60# crème papier intérieur, noir et blanc encre intérieure, 100# blanc papier extérieur, pleines-couleurs encre extérieure.
Voici l’histoire de Goran, le bel inconnu, et d’Adrien, un jeune homme sans histoire, deux adolescents très différents qu’une fâcheuse situation rassemble, pour le meilleur et pour le pire : la mère de Goran, mourante, ne peut plus s’occuper de lui. Adrien tombe amoureux de Goran, retour d’affection mais Goran aime surtout la vie et donc… Goran meurt. Adrien se souvient de cet amour terrible, qu’il essaye de revivre par le biais de l’écriture, mais l’écriture fait éclater la vérité à mesure que l’histoire se recrée : était-ce vraiment de l’amour ? Est-il possible, également, de tout raconter ?
EXTRAIT : Le prologue
Il était nuit, blanche de neige, sur la vallée offerte au ciel noir, les branches d’arbres striant le ciel comme des épées de lumières. Règne d’un silence profond comme la mort, brouissure légère et discrète des flocons tombant mollement sur le corps inerte de Goran, recouvrant peu à peu son derme, ses vêtements, figeant dans sa course folle l’épais filet de sang s’échappant de sa nuque gracile. Dans quelques heures, ce serait un corps dissimulé par un manteau de pureté, un ange congelé au regard vide et bleu comme l’azur, dans quelques jours, un cadavre rugueux, un roc humain offert au soleil glacé - et l’humanité de pleurer cette découverte sordide, lorsque, par hasard, un promeneur, un homme, une femme, un enfant, un chien, découvrira que Goran n’est plus de ce monde, que Goran a été assassiné, lui qui fut si bon, si droit, dont la beauté ne méritait pas d’être effacé d’un monde aussi froid et cruel.
Des traces de neige dansent autour de lui, comme une valse à deux temps : l’entrelacs de quatre pas, dévoilé dès l’orée du bois et la fuite rigide, agile, d’une emprunte qui file au loin de la ville, dont les lumières ondulent lourdement sous la tombée de flocons, telles des lucioles paralysées par la neige, aux confins de l’horizon voilé par la nuit même. Nuit, quel est ce secret dentelé par la nacre liquide de ce paysage désormais sombre mais poétique, enseveli pour que la nature même oublie ce crime, comme les cris qui l’ont précédé, étouffés par le vent, le vide, l’absence ? Nuit, connais-tu seulement ce secret, pour le laisser reposer en tes bras ? Nuit, consentiras-tu à me raconter cette histoire avant que le sommeil ne vienne à mon tour m’enlever, que je m’absente du monde encore une fois, à rêver de lui, Goran, et de son sourire qu’un revers de main essaye d’effacer de ma mémoire ?
Il est des ombres dans mes rêves qui le ravissent, l’emmènent dans un autre monde, de sorte qu’il me soit inaccessible et qu’il n’en reste plus rien qu’une odeur, un songe, tout au plus un souvenir.
***
Lové dans son écrin repose Goran, magnifique beauté assoupie, teint privé de vie, les lèvres grenat, gonflées de sang, bordé de ce manteau que la nature lui offre si gracieusement en cette nuit de décembre, la plus longue, la plus glaciale des nuits.
Ces jours derniers, je me gave de sucre, qui vient à moi, sous toutes ses formes, cadeaux pernicieux qu’il me faut déglutir, au mépris de ma silhouette que je sens s’alourdir, de nouveau, peu à peu ; la vie, comme une pâtisserie écœurante, me nappe de crème chantilly ! Il y a donc matière à déféquer, désormais, à séjourner dans les latrines closes, que nous fréquentons tous, à la pause bonheur. Et d’entendre l’ivrogne, par delà la cloison, parler tout seul, lors même qu’il émet son jet d’urine puissant.
Exorcisme
Forêt noire
Paris Brest /
Tarte aux noix
Pralinés /
Croissants au citron
Bavarois /
Crêpes au caramel
Petits feuilletés /
Brownies
Petits framboisiers /
Tartes au chocolat
Crumble /
Mille feuilles
Petits sablés /
Et toutes prochaines tueries sucrées
Je vous conchie
Mais je regarde avec amour et convoitise les pâtisseries, chaque jour renouvelées, posées telles des étrons lumineux dans de ridicules coupelles en plastique, reines de supermarché, lesquelles m’appellent, comme ces amants que je n’aurais jamais, me chuchotent de caloriques secrets. C’est avec un grand renoncement que je me condamne, avec l’assurance poupine d’un enfant roi, à déplacer une voire deux de ces soucoupes blanches aux ornements pâtissiers, afin qu’elles trônent, glorieuses, parmi les fades salades et légumes surgelés, sachant très bien qu’au petit soir, je n’aurais pas tant faim.